Interview exclusive avec Xavier Siméon: le MotoGP, enfer ou paradis?

Par Laurent Cortvrindt. Article publié le 03/01/2019.

Comment se déroule un week-end de MotoGP? Quels paramètres travailler en premier? Pourriez-vous tenir le guidon d'une MotoGP sans vous casser la figure avant le bout de la ligne droite? Xavier vous répond…

 

Par quoi commences-tu lors d'un week-end de course?

En fonction des circuits, j'arrive le mercredi ou le jeudi matin. J'ai l'impression que rien n'a bougé car le box est entièrement monté à l'identique. Mais dans un autre pays. Premièrement, je salue les mécaniciens un par un. J'ai fait ça durant toute ma carrière. Ensuite, je me mets au travail avec mon chef technicien et nous établissons la stratégie d'utilisation des pneus, en fonction du matériel à disposition et des prévisions météorologiques.

Après quoi nous débriefons le GP précédent et nous commençons à parler des réglages pour le GP à venir. Toujours le jeudi, je profite de l'ouverture de la piste pour courir au moins deux tours de circuit. Cela permet de se projeter assez clairement. On se fait une image mentale de la course. Les trajectoires sont déjà connues mais cet exercice revêt son importance. Grâce à cela, on peut véritablement se montrer efficace dès les premiers tours chronométrés.

En fin de journée, tu te diriges vers la clinique mobile...

Pour me faire masser et essayer d'entamer le week-end dans les meilleures conditions. Ensuite, vers 20h, un plat de pâtes avec du poulet et… au lit. Les rapports de boîte sont prédéfinis par Ducati par rapport aux précédentes éditions, et il n'y a pas vraiment matière à discuter. Quant à l'électronique, une cartographie de base existe, également sur base des précédents GP, et on l'affine au cours du week-end. Mais à partir du vendredi.

Un amateur qui fait un peu de circuit à un niveau correct peut-il monter sur une MotoGP?

Monter, oui. Rouler, je ne pense pas. Ces motos se révèlent extrêmement délicates à utiliser. Pour les freins, par exemple, il faut faire preuve de la plus grande sensibilité, sinon tu risques de te bourrer immédiatement au premier freinage. Avec la même configuration que celle que nous utilisons, je ne pense pas qu'un amateur puisse rouler sur une MotoGP.

Est-ce vrai qu'au début, même pour un pilote confirmé, il est pratiquement impossible de mettre à fond dans la ligne droite?

Clairement, oui. Ces motos volent littéralement. La première fois que je suis monté sur une MotoGP, j'ai réellement été bluffé. Tu ne vois plus passer les lignes droites tellement cela va vite. On ne peut pas dire que cela fait peur mais il y a une forme d'appréhension. Une MotoGP ne se prend vraiment pas à la légère. Une Moto2 marchait déjà très fort avec les 124,8ch du moteur Honda et son châssis très léger. Une MotoGP dépasse les 350km/h. Elle développe 290ch. C'est plus du double d'une Moto2, avec à peine 10kg de plus sur la balance!

Dois-tu gérer ton effort sur la durée du GP ou peux-tu être à bloc du début à la fin?

Il faut gérer pour trois raisons: la consommation d'essence, l'usure des pneus et le physique. Sur certains circuits, le carburant, qui est limité à 21 litres, peut poser problème. Il convient de surveiller la fluidité de son pilotage pour, en fin de course, bénéficier d'assez de carburant et ne pas être obligé de devoir changer de cartographie moteur. Le physique est lié aux circuits et aux conditions. En Malaisie, sans air, avec une chaleur considérable et une humidité conséquente, si tu pars à bloc, tu ne termines pas le GP. Il faut doser son effort et… boire. Avant la MotoGP, je n'avais par exemple jamais utilisé de Camelbak en course.

Quels sont les circuits les plus exigeants?

La Malaisie et la Thaïlande, pour l'humidité dans l'air qui impacte le physique. Le Sachsenring, pour le tracé où l'on évolue toujours sur l'angle.

Sur un tour chrono, tu es en apnée?

Absolument. Quand tu es hyperconcentré pour aller chercher le dernier centième sur un tour chronométré, tu respires beaucoup moins. Deux ou trois tours chronos sont extrêmement fatigants. Certains circuits sont naturellement plus exigeants que d'autres.

Au niveau des freinages, comment fais-tu pour te «caler» et ne pas tout prendre dans les bras?

On utilise énormément les adducteurs. Avec les épaules, ce sont les muscles les plus mis à contribution sur une MotoGP. Nous avons des petites mousses sur le carénage, pour essayer de trouver un supplément de grip pour les phases de freinage et essayer de charger le moins possible les avant-bras.

De tous les pilotes MotoGP, de qui préfères-tu le style et pourquoi?

Marc Marquez a véritablement révolutionné le pilotage d'une moto. Sa façon de se coucher dessus et à côté. Ses sauvetages à répétition alors qu'il a perdu l'adhérence. C'est vraiment respect absolu!

Qui vois-tu gagner l'année prochaine?

Je crois sincèrement que le niveau de Valentino Rossi reste incroyable. Si Yamaha parvient à lui fournir une moto compétitive sur toute la saison et qu'il peut aller chercher le dernier carat qui a manqué en 2018, le titre reste accessible. Je crois encore en lui.

 

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