La chronique de Marc Ysaye: Elvis Prestley et Honda

Article publié le 10/02/2020.



Elvis Presley et Soichiro Honda n’avaient rien à voir l’un avec l’autre au départ, pourtant ils ont changé le monde! Ensemble, et séparément.

Lorsqu’il franchit pour la première fois les portes du Studio Sun, 706 Union Avenue à Memphis, ni Elvis Prestley ni surtout le propriétaire du studio, n’imaginent alors qu’un petit gars originaire de Tupelo, dans la grande banlieue de Memphis, allait devenir, un an plus tard, la première star du rock. Une légende et, pour beaucoup, une icône définitive et immortelle. 

Nous sommes en juillet 1953. Et Elvis vient au Studio Sun enregistrer une chanson, «My Happiness», pour l’anniversaire de sa maman qu’il adorait. Coût: 3,98$! Ah oui… navré de décevoir ceux qui en étaient persuadé mais le King n’a pas inventé le rock ’n roll. Mais il l’a tellement bien incarné, avec son déhanché ultra-sexy et hypersuggestif. Jusqu'en 1956, les télévisons US n’avaient d’ailleurs pas le droit de le filmer en dessous de la ceinture!

Fils d'une couturière et d'un agriculteur, Gladys et Vernon, Elvis Aaron Presley est né le 8 janvier 1935. Il aurait donc eu 85 ans en ce mois de janvier! Par l’entremise de sa secrétaire Marion Kreisker, au départ sans doute plus impressionnée par la plastique du jeune homme que par son chant, Sam Phillips, le patron et propriétaire du Sun studio, confie rapidement le jeune Elvis à trois «pointures», afin qu’il travaille pendant plusieurs mois pour se perfectionner. Il s’agit du remarquable guitariste Scotty Moore, décédé à Nashville en 2016 ; du contrebassiste Bill Black, décédé à Memphis en 1965, et du formidable batteur DJ Fontana, décédé l’an dernier à Nashville. Ils accompagneront Elvis pendant de très longues années.

Le lundi 5 juillet 1954, pour Sun, Elvis Presley enregistre un petit hit local: «That's All Right Mama» d'Arthur «Big Boy» Crudup, un bluesman du Mississippi. La version d’Elvis se révèle stupéfiante. Le succès est fulgurant et instantané. Il vend 20.000 copies du titre en une semaine rien qu’à Memphis, obtenant ainsi un succès local sans précédent! Certaines radios iront jusqu’à le diffuser 14 fois par jour! En quelques semaines, le titre se vend à plus d’un million d’exemplaires: du jamais vu!

L’histoire est en marche. C’est un DJ de Cleveland, Alan Feed qui, en entendant cette musique totalement nouvelle, la baptisera «Rock’n Roll»! Au printemps 1956, «Heartbreak Hotel» devient le premier de ses 19 n°1 aux États-Unis. Huit de ses chansons suivantes se vendent à plus d'un million d'exemplaires chacune! En juillet 1957, il achète à la périphérie de Memphis, le domaine de Graceland et ses vingt-trois pièces. Elvis a 21 ans et a déjà amassé des dizaines de millions de dollars...

Power of Dreams

De l’autre côté de l’Atlantique, Soichiro Honda voit le jour le 17 novembre 1906, à Kyomo, à une grosse centaine de kilomètres de Tokyo, dans la région de Hamamatsu. Son père est forgeron, sa mère travaille comme tisserande. Les vélos que vend et fabrique son père dans son petit atelier, passionnent le jeune Soichiro. Fasciné par la mécanique, il abandonnera l'école à 15 ans pour aller travailler à Tokyo, dans un garage de voitures.

En 1922, Honda est à Tokyo et développe ses compétences naturelles chez Art Shokai. En 1928, à 22 ans, il ouvre son premier garage à Hamamatsu et y construit des voitures de course! En 1937, il fonde une société de fabrication de pistons, qu’il vend majoritairement à Toyota... Trois ans plus tard, il conçoit et fabrique un petit moteur qui peut être fixé à un vélo, pour créer ce qui pourrait devenir une moto… C'est un succès d’estime mais la guerre interrompra son développement.

En 1945, la guerre est terminée. Et surtout, elle est perdue pour un Japon anéanti par les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Le pays est totalement exsangue. En souhaitant peaufiner son idée de départ, Soichiro Honda achète un stock de petits générateurs, qu’il place dans des cadres de vélos. L’idée lui est venue en regardant son épouse qui peine dans les côtes lorsqu’elle doit se déplacer à vélo. Il n’a qu’une envie: la soulager.

En 1948, il fonde la Honda Motor Company. L'année suivante, Honda fabrique une «vraie» petite moto, appelée la «Dream D». Dix ans plus tard, Honda est le premier fabricant de moto japonais et détient déjà une part appréciable du marché américain moto. Mais tout cela ne lui suffit pas! Doté d’un sens inné du marketing, c’est lui qui trouve le slogan, toujours en vigueur aujourd’hui, «Honda the Power of Dreams».

Au début des années 60 Honda s’engage en compétition et va très vite tout gagner! Mais il en faut encore un peu plus afin d’implémenter définitivement la marque aux USA, le plus grand marché au monde. Le génial slogan «You meet the nicest people on a Honda» fait un véritable tabac! On le trouve partout: au cinéma, en télévision dans les magazines et, surtout, dans de massives campagnes d’affichage.

Rock & motos

Le coup de génie marketing de Honda surviendra en 1963 lorsque Honda USA et Elvis Presley, fou de moto, s’engageront ensemble. Honda comprend très vite, et surtout le premier, l’intérêt qu’il y a d’associer rock et moto. De plus, la cible visée est la jeunesse et là, on pourra parler de réussite totale. Pour mémoire, Easy Rider n’arrivera qu’en 1969. Malgré un scénario faiblard, c’est principalement avec le film «Love in Las Vegas», qui sort début 1964 et dans lequel Elvis se balade en 305 Super Hawk, en CB 77 et en C110, que les choses vont définitivement bouger.

Presley se baladant sur des Honda fait l’effet d’une véritable bombe: les ventes de C110 s’envolent et Honda explose ses chiffres aux USA. C’est un coup de génie qu’apprécieront d’ailleurs moyennement Harley-Davidson, Indian et tous les constructeurs anglais bien implantés aux États-Unis comme Norton, Triumph ou BSA. Elvis se fera photographier en charmante compagnie sur un C110. La photo sera reproduite dans le monde entier, seule la langue changera.

Deux derniers coups de butoir suffiront à faire définitivement de Honda le premier constructeur mondial: l’arrivée de la CB 450 DOHC en 1965, surnommée «Black Bomber» (elle existera également en rouge), et surtout la Honda CB 750 Four, en 1969 (l’appellation K0 n’arrivera que plus tard). Il est probable qu’au vu de la qualité des produits Honda, Soichiro aurait certainement imposé sa marque sur la longueur. Cela aurait pris un peu plus de temps, c’est tout.

Elvis Presley et Soichiro Honda n’avaient rien à voir l’un avec l’autre au départ, pourtant ils ont changé le monde! Ensemble, et séparément. Soichiro s’en ira en 1973 et Elvis en 1977. Quand on vous dit que rock et motos vont bien ensemble!

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