Essai Harley-Davidson Low Rider S: l'autre facette

Par Laurent Cortvrindt. Article publié le 15/11/2019.

Souvent, la marque Harley-Davidson est associée aux motos de sa gamme Touring, imposantes et inusables bêtes toujours prêtes à avaler des bornes. Mais le constructeur de Milwaukee dispose aussi, dans sa gamme, de machines plus accessibles au niveau de leur gabarit et de leur tarif. Comme cette nouvelle Low Rider S.

Si vous êtes un fidèle lecteur de Moto 80, vous n’aurez pu que remarquer à quel point l’actualité s’avère bouillonnante chez Harley-Davidson et dans quelle mesure les cerveaux chauffent au département recherche et développement. Les histoires des constructeurs sont ainsi faites de périodes de production plus intenses puis d’autres phases moins actives.

En 2014, par exemple, nous enquillions les présentations Honda. En 2015, ce fut autour de Yamaha de passer la surmultipliée afin de sortir d’une relative torpeur dans laquelle Hamamatsu s’était quelque peu embourbée. En termes de volumes, 2018, 2019 et 2020 seront les années Harley-Davidson, qu'on le veuille ou non. Car en effet, si vous l’aviez manqué, le constructeur de Milwaukee a présenté, fin 2018, un impressionnant plan de redéploiement de toute sa gamme.

Baptisé «More roads to Harley-Davidson», ce projet a pour objectif d’atteindre les deux millions de clients à l’horizon 2025. Pour y arriver, quelque 50 modèles sont appelés à littéralement inonder les marchés mondiaux en l'espace de deux ans. La première offensive a porté sur le renouvellement complet de la ligne des Softail. Dix nouvelles machines d’un seul coup: un projet sans précédent pour Harley, en 115 ans d’histoire! Durant cet été, la Livewire, la première moto 100% électrique de Harley-Davidson – et d’un constructeur traditionnel – a également vu le jour, annonçant par ailleurs l’arrivée d’autres machines plus modestes et destinées à d’autres marchés que l’Amérique du Nord et l’Europe.

Prochainement, nous attendons également les premiers pas de Harley-Davidson sur le très compétitif segment des trails ainsi que leur première streetfighter. Comme vous le voyez, nous ne sommes pas près d’arrêter de «manger» du HD. Réjouissons-nous d’ailleurs de cette bonne santé et, surtout, du dynamisme affiché (certaines marques également «traditionnelles» devraient d’ailleurs en prendre de la graine…) par un constructeur décidé à «sortir des clous» et à prendre des risques hors de sa zone de confort quitte, peut-être, à se «ramasser» avec l’un ou l’autre modèle.

Mais entre la Livewire et son trail ou sa streetfighter, Harley-Davidson nous a conviés pour quelque chose de plus traditionnel, à savoir l’arrivée d’une onzième Softail – de quoi monter une équipe de football! – ainsi que l’upgrade tant attendu de sa gamme Touring 2020, que vous pourrez également découvrir par ailleurs dans ce numéro. Car oui, si Harley s'aventure sur d'autres terrains, pas question pour la marque de laisser tomber sa fan base. Harley continuera à faire du Harley.

Black N°1

Le modèle Low Rider S qui nous intéresse aujourd'hui a été conçu autour du châssis destiné aux modèles Softail. Le bloc Milwaukee-Eight y a été greffé avant que le style ne soit peaufiné par des éléments stylistiques inspirés par la scène custom et l'héritage Harley-Davidson. Assis sur la selle de cette bécane «basique» par excellence, on note immédiatement la hauteur des commandes et le large guidon de 2,5cm de diamètre de style motocross placé sur des rehausseurs d'environ 10cm.

Rayon esthétique, un petit saute-vent de couleur assortie surmonte le phare. La selle solo est pourvue d'un dossier haut tandis que toutes les finitions brillantes ont été remplacées par des finitions noires pour renforcer l'agressivité du look: moteur, cache de transmission primaire et console de réservoir arborent ainsi une teinte Wrinkle Black ; le cache d'embrayage, l'admission et les cache-culbuteurs passent au Gloss Black ; les silencieux et pare-chaleur d'échappement sont en Jet Black ; la fourche, le triple té, les rehausseurs, le guidon et les supports de garde-boue arrière s'affichent en Matte Black.

Le feu arrière LED Layback propose des lentilles fumées, le réservoir Softail se voit décoré d'un motif HD tandis que les roues Radiate en aluminium reçoivent une inédite finition Matte Dark Bronze contrastant avec les autres teintes sombres. Avec le bloc MW8 fort de 1.868cc, la Low Rider S dispose de ce qui se fait de plus puissant dans un châssis Softail. Le couple maximal est délivré dès 3.000tr/min. Doté de silencieux Shotgun 2-en-2, le bloc reçoit également une admission Ventilator dont la conception vise à améliorer le flux d'air vers le moteur alors qu'un double système de balancier interne doit prendre en charge la réduction des vibrations.

Pour tous

Comme avant chaque départ, je vérifie si l'écartement des leviers ne doit pas être adapté. Inutile, les deux ne s'ajustent pas. Mais malgré mes petites mains, je ne ressentirai aucune gêne au cours de la journée. Esthétiquement, je trouve la Low Rider S assez belle. Avec ses finitions noires, elle a ce petit côté passe-partout, loin de l'exagération «bling-bling» d'un trop plein de chromes mais néanmoins avec ce joli moteur qui ressort bien.

Au guidon, il me faudra un petit temps d'adaptation pour ne pas chercher les indications des tableaux de bord au-dessus du guidon. Non, ici, il faut regarder sur le réservoir. Enfin, quand je dis regarder, il convient surtout d'essayer. Et avec un peu de soleil, c'est quasi peine perdue. En outre, cela vous oblige à totalement dévier votre regard de la route. Peu recommandé… C'est donc à titre informatif que je note l'indication du régime moteur pour le cadran du bas. Celui du haut se chargeant d'indiquer la vitesse et jauge puis un choix entre l'horloge, l'odomètre, les trip A et B ou la réserve. Si la moto s'avère un peu lourde à mettre droite, ensuite, c'est clairement l'une des Harley les plus aisées à manœuvre et à arrêter.

Avec sa selle particulièrement basse, tous les gabarits - hommes ou femmes - auront les pieds bien au sol. Par contre, la position se montre quelque peu particulière. La selle est moelleuse, donc on est bien assis, et assez bien soutenu dans le bas du dos. Par contre, mieux vaut ne pas avoir les bras trop courts. Les genoux sont également fort relevés, plus haut que le fessier, ce qui n’est pas vraiment fréquent. Difficile, dès lors, de bien serrer le réservoir. Heureusement, le vent ne s’engouffre pas mais je n’aurais pas été contre des repose-pieds un peu plus avancés. Cette position n’est, en tout cas, pas très active, mêms si elle n’empêche nullement de tenir un bon rythme.

Toucher les limites

Je suis calé dans la roue arrière de notre ouvreur qui, sur sa Road Glide, envoie du lourd. Heureusement, je bénéficie aussi du 114 et je lui colle aux basques... jusqu’à ce que je ne commence à limer les repose-pieds, par ailleurs déjà dépourvus de leurs ergots! Autant dire que la limite d’inclinaison en courbe est vite atteinte. Seule la garde au sol, en fait, vient tempérer vos envies sur cette Low Rider S. Dommage, car le MW8 en redemande. Coupleux à souhait, il tracte gaiment en sortie de virage, également si vous avez enclenché le rapport supérieur.

Et même si on les ressent sur le guidon et les repose-pieds, les vibrations restent relativement contenues. Le large guidon facilite la gestion des manœuvres et l’angle de braquage généreux permet d’effectuer aisément les demi-tours et de s’extirper d’une file de voitures sans se fatiguer. Notons également qu’avec un centre de gravité très bas, jamais on ne se rend compte que cette machine dépasse quand même les 300kg! Sauf quand il s’agit de rabattre la béquille, comme déjà signalé.

Niveau freinage, tout se passe efficacement, même si l’on ne bénéficie pas du nouveau système de freinage combiné désormais disponible sur d’autres Harley, et qu’il faut aller chercher un peu en avant la pédale de frein arrière. Enfin, au niveau du châssis, nous avons encore pu vérifier que ceux destinés aux Softail sont de loin les meilleurs de la marque. Le réglage de la précharge placé sous la selle permettra, selon votre corpulence, de trouver le réglage le plus adéquat. Tandis que la fourche inversée 43mm à cartouche gomme relativement les imperfections rencontrées sur les routes américaines. Dernière info. Sans consommation affichée ni pasage à la pompe, difficile d’obtenir une consommation moyenne. Mais pour se forger une idée, sachez qu’avec 230km au compteur, l’autonomie affichée se chiffrait à 110km.

Conclusion

Au guidon de ce type de moto, le plaisir pur de conduire prévaut. Et du plaisir, cette machine est capable d'en donner à un public très large de par son accessibilité et sa facilité d'utilisation. En quelque sorte, la Low Rider S est une autre porte d'entrée au monde Harley-Davidson pour ceux qui considèrent les modèles Street un peu trop «cheap» à leur goût. Et puis, tarifée à 20.000€, elle est tout simplement la moins chère des Harley 114 après la Fat Bob. Même si 20k, cela ne reste pas donné pour une moto basique...

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Les up

- Accessibilité pour tous

- Prestations convaincantes

- La moins chère des 114

Les down

- Position fatigante à la longue

- Garde au sol limitée

- Compteurs illisibles

Prix de base: 20.000€

Consommation annoncée: 5,6l/100km

Disponibilité: immédiate

 

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