Essai Kawasaki GPZ 900R: Take my breath away…

Par Laurent Cortvrindt. Article publié le 27/05/2019.

«Maverick, you big stud. Take me to bed or loose me forever...» Qui ne se souvient pas de cette réplique mythique de Kelly McGillis lancée à Tom Cruise alors que tous deux s'enlacent sur une Kawasaki GPZ 900R. Un joli coup de pub pour la marque japonaise, surtout vu le succès que le film allait générer…

Nous avions pris rendez-vous avec Tom Cruise pour la session photo de ce nouvel Essai Rétro. Mais malheureusement, fort occupé sur le tournage de Top Gun 2, la star d'Hollywood n'a pu se libérer. Quand on retrace la filmographie du célèbre «Mavrick», on se rend d'ailleurs compte que les motos y ont joué un rôle non négligeable. Si bien qu'aujourd'hui, à chaque sortie d'un nouveau «Mission Impossible», on se demande sur quelle machine le beau Tom va-t-il poser ses fesses et quelles prouesses absolument délirantes va-t-il encore réaliser à leur guidon pour se tirer d'une situation a priori plutôt mal engagée.

Faute de Pete Mitchell sur la photo, nous nous sommes dits qu'un shooting dans le quartier de Miramar, à San Diego, là où les aspirants Top Gun reçoivent leur instruction, aurait de la gueule. Las, le comptable de Moto 80 nous a coupé l'herbe sous le pied… Ne démordant pas de l'idée de «shooter» la GPZ devant un avion de chasse, Jonathan Godin m'a alors filé un contact pour demander l'autorisation de réaliser une prise de vue sur la base de Florennes. Malheureusement, la politesse des gradés de l'armée ne semble pas à la hauteur de la discipline qu'ils exigent de leur subordonnés. Impossible d'obtenir une réponse, malgré notre insistance.

Bref, nos plans A, B et C ayant été abattus en plein vol comme un MiG-28 au-dessus de l'océan, l'envie de retrouver la Kelly McGillis de la grande époque sur la selle arrière de la GPZ nous est également passée. Nous avons donc décidé de faire preuve de créativité. Et pour ça, il est fort le Jon… La preuve en photos!

Comme Tom

Quand le film de Tony Scott crève les écrans, en 1986, la première Ninja, la Kawasaki GPZ 900R a déjà entamé sa carrière. Mais si les prouesses aériennes de Pete «Maverick» Mitchell vont booster de quelque 500% les sollicitations de jeunes hommes voulant s’enrôler dans l'US Navy pour devenir pilote, ses scènes à moto vont également constituer une solide publicité pour… Kawasaki. Rien d'étonnant à cela.

Quel motard normalement constitué n'a pas rêvé, au moins 5 minutes, être Tom Cruise, un élève de Top Gun, en train de séduire son irrésistible instructrice? Pas Wim Doms en tout cas, l'heureux propriétaire de la GPZ 900R dont nous allons prendre le guidon. «Je n'ai pas pu découvrir Top Gun dès sa sortie, je n'avais pas l'âge. Mais dès que j'ai vu le film et les scènes avec la Kawasaki GPZ 900R, ce fut une sorte de révélation pour moi. C'est simple: la GPZ 900R est la raison pour laquelle je fais de la moto. Je me souviens encore parfaitement de la scène du film où je me suis dit: "Je veux faire ça aussi quand je serai grand!"», nous explique-t-il en riant. «Aussi, quand j'ai cherché une première moto dite "de collection", j'ai évidemment commencé par la Kawasaki GPZ 900R».

Wim Doms tombe néanmoins sur un os: impossible d'en trouver une en état en Belgique. Le marché anglais semble davantage prometteur mais les prix s'avèrent nettement plus élevés. Il met donc le cap vers le nord des Pays-Bas, faisant suite à une annonce dénichée sur un site Web tout à fait anodin. Après avoir fait un AVC, le propriétaire de la GPZ 900R en question avait conservé sa moto dans son living pendant quelques années.

En effet, ses médecins lui avaient promis qu'un jour il remonterait à moto. Et la GPZ 900R symbolisait sa motivation à se remettre de son accident. «La revalidation ayant finalement pris trop de temps, la GPZ 900R a dû déménager dans la grange et quand je l'ai découverte, elle était couverte de poussière. J'ai néanmoins vu son bon état général et, la semaine suivante, je suis revenu avec une remorque. Même s'il en demandait un prix très raisonnable, les négociations avec le propriétaire ne furent pas évidentes, il se montrait vraiment concerné par le futur de la moto. Il ne voulait pas qu'elle termine entre les mains d'un jeune blanc-bec qui l'aurait défigurée».

En perspective

De retour en Belgique, les travaux commencent. D'abord avec un bon shampoing, avant que ne suive un grand entretien: câbles, filtres, liquides, bougies… bref, tout ce qui pourrait avoir souffert d'un hivernage forcé durant plusieurs années. «Mais en définitive, je n'ai pas investi beaucoup d'argent dans sa remise en état. Les étriers avant étaient tellement grippés, j'ai dû les remplacer par des étriers d'origine. Et j'en ai profité pour changer les flexibles. Mais à part cela et la selle qui était, elle aussi, vraiment irrécupérable, je n'ai apporté aucune transformation.»

Aujourd'hui, Wim Doms est heureux de pouvoir sortir régulièrement au guidon de sa GPZ 900R. Y compris pour se rendre sur son lieu de travail. Mais comme il le dit lui-même: conduire cette moto âgée de plus de 30 ans remet les choses en perspective. Lors de sa commercialisation en 1984, la GPZ 900R est la première moto à avancer un rapport poids/puissance inférieur à 2: 115ch pour 228kg. Bon, ok, aujourd'hui, nous sommes largement sous 1.

Mais il y a trois décennies, la GPZ 900R faisait office d’un véritable missile aux performances records: 250km/h en vitesse de pointe! D'ailleurs, à son guidon, on apprécie toujours la poussée linéaire du 4 cylindres. Certes, en reprises et en couple les blocs similaires font mieux de nos jours. Mais en termes de puissance, quand la cavalerie arrive en force vers 8.000tr/min, la GPZ 900R n'a vraiment pas à rougir. Surtout accompagnée par la mélodie plutôt sympathique de son réacteur. «Elle va aussi vite que Top Gun peut le faire croire. Mais ceux qui ont poussé cette machine à fond devaient être kamikazes. C'est à la qualité du freinage que l'on mesure à quel point les motos modernes sont efficaces. Certes, les suspensions sont un peu fatiguées et cela joue un rôle mais je n'oserais dire que l'on peut freiner en GPZ 900R. On ralentit.»

Enclume

En effet, on ne freine pas, on ralentit. La dureté du levier de frein se révèle d'ailleurs inversement proportionnelle à son efficacité. Qu'à cela ne tienne, je me dis que je vais m'aider un peu plus du frein arrière. Erreur. À peine ai-je appuyé du pied droit que la roue arrière bloque, laisse une belle trace sur la chaussée et fait sursauter un passant. En effet, il fallait les avoir «bien accrochées» à l'époque. Et surtout tabler sur une circulation bien moins dense qu'aujourd'hui. Le levier d'embrayage est tout aussi dur et sa course minuscule me pose quelques soucis au démarrage.

On retrouve aussi un «choke», pour les premiers départs à froid et, chose amusante, il faut être en neutrale pour appuyer sur le démarreur. N'essayez pas en débrayant, le moteur ne prendra pas. La position de conduite se révèle vraiment saisissante. Je suis assis comme sur une chaise, avec les jambes à angle droit. La selle se montre aussi confortable que mon sofa et je peux me cacher complètement derrière la bulle qui ressemble d'ailleurs furieusement à la vitre d'un cockpit d'avion.

En poussant la moto sur le parking pour les photos statiques, j'ai l'impression qu'elle pèse 300 kilos. Une véritable enclume. Dans les ronds-points, cette lourdeur se fait également ressentir. Impossible de piloter du bassin, il faut l'emmener franchement. Et globalement, on sent que la marge d'erreur n'existe pas avec ce type de moto. Pour se sentir parfaitement en sécurité, mieux vaut rouler sur des œufs. «Mais je craque pour cette moto avec laquelle on peut tout faire. Son esthétique, son phare carré, l'ambiance au guidon, la positon assis comme sur une chaise mais les bras hypertendus, la bulle énorme… tout renvoie aux années 80.»

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Wim Doms

Roule depuis: 17 ans

Première moto: Yamaha XJ 600 Diversion

Élément déclencheur: Top Gun, le film

Moto actuelle: BMW R 1200 GS

Moto préférée: Je rêve toujours autant de «la prochaine moto pour la collection». Mais en attendant, je me réjouis déjà des prochains 100.000km au guidon de ma GS.

Destination moto de rêve: La Namibie reste un de mes pays préférés, donc pourquoi ne pas y retourner à moto? Le fin fond de la campagne des États-Unis, les «-stan» à l’Est (Kyrgi-, Oezbeki-, Kazach-, etceterastan.) et la Mongolie. Mais aussi Nouvelle-Zélande, la Patagonie... Le monde est si grand et intéressant…

Pilote favori: Je me vois aussi bien supporter VR46 que MM93… Rossi, pour son incroyable charisme et sa passion pour le sport. Marquez, pour son attitude «Je veux et je vais devenir le meilleur de tous les temps, point». Les deux se complètent et rendent le sport si passionnant à suivre. Mais aussi Stéphane Peterhansel, Éric Geboers quand j’étais gamin et le très grand Stefan Everts, toujours un magnifique souvenir de rencontre quand j’étais jeune journaliste.

Plus grande folie effectuée à moto: Je n’oublierai jamais l’arrivée à Hyder, en Alaska, après des milliers de bornes d’aventure sur deux roues depuis Vancouver… Mais la plus grosse folie était sans doute l’implication pour devenir Tour Guide chez Edelweiss Bike Travel. Ces 5 à 6 semaines par an, en dehors de mon job quotidien, pour aller guider des groupes internationaux à moto sur le voyage de leurs rêves, ça reste une folie à caser dans mon planning. Mais me voici à l'aube de ma 5e saison, et ce ne sera pas la dernière.

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