Essai Yamaha Tracer 700: Vous n’aurez plus le plaisir honteux!

Par Bruno Wouters. Article publié le 27/04/2020.

La MT-07 avait marqué les esprits lors de son lancement, la Tracer 700 la sublimait par un ensemble de qualités la rendant tout simplement irrésistible. En fait, son seul vrai défaut résidait sans doute dans son physique, on ne dira pas difficile, mais sans charme, assurément! Yamaha a bien compris le problème: la chirurgie esthétique a parfois du bon!

On ne va pas tourner autour du pot: la Tracer 700 m’avait complétement séduit lors de son lancement dans les Dolomites, en été 2016 (voir Moto 80 n° 789). Un ressenti validé et confirmé lors d’un comparatif établi quelques mois plus tard, qui entérinait sur nos routes les premières impressions enregistrées lors de la présentation. 

Objectivement, on ne peut pas dire que les prétendants se bousculent au portillon pour lui faire de l’ombre, hormis peut-être la Kawasaki Versys ou la Suzuki V-Strom. La Tracer, les Tracer, devrais-je dire, se vendent bien. Depuis l’apparition de la Tracer 900 en 2015, cette famille de «sport-tourisme» s’est écoulée à plus de 73.000 unités. Après les «naked», 42% des ventes du constructeur aux trois diapasons, les Sport-Touring pèsent pour 21% du gâteau Yamaha…

Histoire sans doute d’assommer une concurrence vacillante, la Tracer bénéficie cette année d’une solide mise à niveau, en tout cas d’un point de vue esthétique. La veille de notre essai, nous n’échappons pas à l’inévitable présentation orchestrée par le staff Yamaha. Comme la machine ne croule pas sous l’électronique embarquée ou la connectivité, nous avons droit au discours marketing dont on se demande s’il n’est pas là pour rassurer l’équipe de la justesse de ses choix.

Cette 700 se veut donc destinée au citadin pas trop rassis (lisez jeune, entre 30 et 40 ans), beau (j’avoue, ça ils ne l’ont pas dit !), dynamique, actif, avide de sensations, profitant de sa belle machine pour de l’«active commuting», de petits rides sportifs et des échappées de fin de semaine, en solitaire ou en duo, histoire sans doute de bien nous faire comprendre la belle polyvalence de cette machine.

Pure routière

Le staff en profite, dans la foulée, pour souligner les racines européennes de sa conception, hormis pour le moteur, et sa production en France, dans les anciennes usines MBK. Une petite remarque sur les beaux discours?

Avec la Ténéré en solide aventurière, le team insiste lourdement sur le positionnement purement routier, sportif et sans compromis vaguement off-road de la Tracer, insistant sur la facette mixte des rares concurrentes, moins radicales en ce domaine. Dont acte. Quelqu’un peut-il alors m’expliquer pourquoi tous les visuels illustrent un motard coiffé de l’inévitable heaume typé trail avec sa grande penne et sa visière panoramique qu’affectionnent les amateurs du genre et quelques membres du staff qui nous accompagnent lors de l’essai? Le discours marketing escamoté, voyons plus sérieusement de quoi il retourne avec ce millésime 2020. L’objectif de cette mise à niveau? Souligner son côté sportif, améliorer l’accueil à bord et renforcer la qualité perçue.

Le design évolue donc en profondeur, avec un nez joliment travaillé et autrement plus équilibré et racé. Les deux LEDs lenticulaires surmontés d’un sourcil lumineux original avec sa surface diffusante laiteuse donnent à la Tracer une vraie présence. L’emboîtement des surfaces est exécuté avec bonheur, comme ces flancs «flottants» qui allègent la silhouette. Bien joué! Le merveilleux bloc CP2, décliné sur de multiples machines, apparaît ici pour la première fois conforme aux nouvelles normes Euro 5.

Une nouvelle injection, un allumage recalibré, un autre échappement bien sûr, mais aussi une boîte à air modifiée, des éléments mobiles à moindre coefficient de friction, la boîte de vitesses retouchée et une démultiplication finale un peu plus courte constituent les principales modifications avec, pour résultat, une puissance et un couple identique. Le poids ne change pas malgré les exigences Euro 5, compensées par 1,5kg gagnés sur l’éclairage, la batterie et quelques plastiques. Une version A2, limitée à 35kW, sera proposée à la vente dans la foulée de la «full power».

Si le châssis ne change pas, les suspensions gagnent quelques possibilités de réglage, comme la précontrainte et la détente pour la fourche et pour l’amortisseur arrière, bien que celui-ci nécessitera de recourir aux outils de bord pour ajuster la précontrainte. Dommage. Enfin, de convaincants Michelin Pilot Road 4 assurent le contact avec le bitume. Ah oui, j’oubliais! Nous avons maintenant droit à des disques «wave».

Plaisir sublimé

L’accueil à bord évolue dans le bon sens, avec une bulle réglable (d’une main et en roulant) sur 65mm de débattement tandis que le guidon s’élargit de près de 35mm pendant que la selle s’épaissit de 10mm.

Sous le regard, du neuf encore. Le nouveau combiné instruments s’intègre dans un habillage plus soigné et précâblé pour accueillir une fiche 12V et un port USB de part et d’autre. On note encore les protège-mains redessinés, plus flatteurs avec leurs clignotants LEDs. À cristaux liquides sur fond noir, le combiné affiche l’essentiel, en montant ou en descendant le basculeur à portée du pouce gauche, faisant successivement défiler l’odomètre, les deux trips, les consommations moyennes et instantanées, les températures moteur et ambiante. À demeure, compteur, compte-tours, jauge à carburant, horloge et rapport engagé. L’ensemble se révélera parfaitement lisible en toutes circonstances.

La finition, en progrès, ne cache pas quelques lacunes ou maladresses, comme l’absence d’un levier d’embrayage réglable ou d’une molette accessible pour ajuster la précontrainte. Je reste perplexe aussi en détaillant ce cache un peu lourdingue masquant le catalyseur, déplacé au plus près des cylindres sur le collecteur. Rien que pour ça, la ligne Akrapovic me paraît presque sympathique, un élément à piocher parmi les nombreux accessoires proposés: bagagerie, pare-brise large, selle confort ou selle basse (moins 20mm), poignées chauffantes, support de plaque, garde-chaîne alu, béquille centrale et j’en passe.

Yamaha propose d’ailleurs quatre packs, Sport, Travel, Week-end et Urban, piochant chacun quelques éléments du catalogue. Alignées comme à la parade devant l’hôtel, notre tripotée de Tracer a fière allure. La chirurgie esthétique a du bon… et donne un solide coup de vieux à la génération précédente. À la Tracer 900 aussi, d’ailleurs! Plutôt jolie donc mais toujours aussi accessible et peu intimidante de par son gabarit et son poids contenus. Bon, ça!

La selle, donnée pour plus épaisse, ne semble pas plus haute qu’auparavant, ce que confirme la fiche technique. Sous le regard, l’intérieur de l’habillage progresse nettement: les vis et pièces métalliques diverses ont disparu pour un rendu plus «clean» et le tableau de bord, parfaitement lisible, se veut plus flatteur. Un bon point pour le réglage de la bulle même si je n’échappe pas aux remous dans le casque, quel que soit le réglage. Si elle soulage suffisamment de la pression du vent pour envisager de longues étapes, la protection aux intempéries réclamera sans doute le montage de la bulle haute…

Du virage! Du virage!

Dès les premiers tours de roue, la Tracer 700 fait mouche: le poids, c'est l'ennemi! Il suffit de descendre d'une moto un peu lourdingue et d'enfourcher la Yamaha pour en prendre conscience: un vrai vélo! La selle demeure à une hauteur décente (835mm), la position de conduite s’avère évidente, la Tracer reste fine malgré le guidon élargi qui donne confiance… voilà une moto à échelle humaine.

Le moteur en rajoute une couche sur le même sujet. Pourtant pas avare de sensations, il ne prend jamais le dessus sur le pilote, qui reste en tout temps maître de sa machine, sans artifice électronique coûteux. Tout simplement parfait, il sait tour à tour se montrer caractériel et conciliant.

Généreux et volontaire, il accepte de reprendre dès 2.000 à 2.500tr/min, même sur les plus hauts rapports, soit environ 50km/h en sixième. Avec une puissance maxi atteinte à près de 9.000tr/min et une zone rouge à 10.000, la plage de régime exploitable convainc, d'autant que le couple reste généreux tout au long de la courbe. Pas besoin de s'inquiéter du rapport engagé: c'est toujours le bon rapport!

La Tracer reprend à chaque fois avec bonhomie, même si, bien sûr, elle fait preuve d’un peu plus de rage et de réactivité dans les hauts régimes. Le comportement routier reste, lui aussi, un des points forts d’une machine qui se balance avec délectation d’un virage à l’autre sur ces merveilleuses petites routes de montagne qui nous sont offertes comme terrain de jeu!

On se croirait presque au guidon d’une supermotard tant la Tracer brille par son agilité et la légèreté avec laquelle elle se balance et s’inscrit dans le virage! Si j’accordais l’excellence au frein arrière, il m’a semblé que les freins avant affichaient plus de mordant, avec une attaque presque trop violente et un feeling un peu difficile à appréhender.

On s’y habitue très vite, et la puissance permet de solides ralentissements, mais je n’avais pas le souvenir de ce ressenti lors de mes précédents essais. À vérifier… Les suspensions abattent un très bon boulot mais quelques portions de macadam à l’état moyen laissent craindre trop de sécheresse sur nos routes délabrées. Au moins pourra-t-on à présent tenter d’y remédier, grâce aux possibilités de réglage. La selle, elle aussi, a progressé: mes fesses la remercient même si l’on bénéficie toujours d’aussi peu de latitude de déplacement.

Conclusion

Le maître mot est lâché: fa-cile! Facile mais efficace et pas ennuyeuse pour deux sous, la Tracer se veut toujours aussi plaisante mais autrement plus séduisante au regard. Yamaha a réussi avec cette moto à sublimer ce que j’attends d’un deux-roues: du pur plaisir, en toutes circonstances, un plaisir jamais gâché par la difficulté à le maîtriser ou la crainte de se mettre au tas.

Peu de motos atteignent cette parfaite balance entre facilité, plaisir et fonctionnalité. Un «must-have», en tout cas pour la conduite en solo. Au fait, ne vous fiez pas à la consommation affichée: j’ai vraiment roulé comme un sauvage….

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Les up

- Agrément moteur

- Agrément de conduite

- Facilité / Efficacité / Simplicité

Les down

- Protection encore perfectible

- Je cherche...

- Et je ne trouve pas !

Prix de base: 8.599€

Disponibilité: immédiate

Consommation affichée: 5,9l/100km

 

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