Kymco Downtown 350i – Faut-il vraiment plus ?

Essais Scooters Philippe Borguet
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Dans le monde du scooter, Kymco est en train de se tailler une belle part de marché. Et ce n’est pas le nouveau Downtown 350 qui va freiner cette progression. Que du contraire!

Le dernier-né du constructeur taiwanais a vraiment plus d’un atout dans son jeu, comme nous avons pu le constater lors de cet essai. D’abord son look qui le classe dans la catégorie des gros scooters. Une face avant réussie avec deux optiques bien distinctes et des clignotants blancs bien intégrés dans des lignes fluides et moins tarabiscotées qu’habituellement chez ce constructeur. Très enveloppant, le garde-boue avant se prolonge par deux protections de fourche et rend encore plus massif le large pneu de la roue avant de 14 pouces. Latéralement, le dessin est bien équilibré également. Carter de transmission et boîte à air s’intègrent parfaitement aux lignes fuyantes de l’arrière à l’image des poignées de maintien du passager. Un passager qui dispose d’une selle longue, large, moelleuse et de repose-pieds repliables s’intégrant eux aussi parfaitement à la ligne générale.

L’espace du poste de conduite permet aux grands gabarits de se sentir à l’aise. L’échancrure dans un plancher recouvert de caoutchouc facilite la pose des pieds au sol. Des pieds qui peuvent aussi prendre appui sur un tablier, même si cet emplacement est trop vertical à notre goût et impose un angle assez prononcé au cou-de-pied si vous êtes adepte de cette position. Si le tunnel central, où se cache le réservoir de 12,5l est large, il permet de mieux ressentir les réactions de la machine en le serrant avec les chevilles. Le guidon haut et revenant vers l’arrière mais surtout une selle basse vous imposent une position un peu particulière avec les genoux plus hauts que les fesses. Le bas-ventre est ainsi comprimé ce qui, à la longue, se révèle gênant. D’ailleurs, cette selle pilote ne fait pas l’unanimité. Sans doute est-elle moelleuse à la première assise mais très vite on se rend compte qu’elle n’est pas assez longue, qu’elle vous coince dans une seule position très avancée entre le dosseret et une espèce d’excroissance centrale, un peu à la manière d’un pommeau de selle de cheval. Dommage.

Couple à revendre

Bien qu’annoncé comme un 350cc, le nouveau bloc moteur cube 320cc pour conserver une puissance de 30ch comme ses prédécesseurs. La différence provient de son couple. Plutôt que de viser une vitesse de pointe élevée, les ingénieurs ont ainsi cherché à augmenter l’agrément de conduite. Voilà pourquoi ce couple est amené à 29Nm à 6.500tr/min. De quoi, avec un poids à sec intéressant de 173kg, procurer des accélérations dignes d’une plus grosse cylindrée tout en conservant une vitesse maxi de 155km/h largement suffisante en regard des législations européennes. Surtout que ce moteur n’a aucune peine à maintenir, par monts et par vaux, nos 120km/h légaux, passager compris! De plus, il a encore suffisamment de ressources et de vivacité pour effectuer un dépassement plus rapide en cas de nécessité. La nouvelle transmission silencieuse contribue également à la vivacité des réactions.

Ce moteur vraiment agréable répond à la moindre sollicitation de la poignée de gaz tout en demandant à peine plus de 4 litres de carburant aux 100km. Vu le volume du réservoir, voilà une belle autonomie. Même si on ne trouve qu’un seul disque à l’avant, le freinage bénéficie d’un étrier à trois pistons et un ABS Bosch 9.1 de très bon niveau se déclenchant à bon escient même si parfois un peu vite via la roue arrière. Les gros freineurs reprocheront un manque de mordant à l’attaque mais les autres apprécieront la constance d’une décélération aussi progressive qu’efficace. Côté suspension, la fourche télescopique sans réglage et les deux amortisseurs arrière, dotés d’une précontrainte de ressort réglable à la main, absorbent bien les inégalités des chaussées. Le tout est assez progressif, ce n’est que face aux nids-de-poule un peu profonds ou sur les aspérités forts apparentes qu’on atteint la limite des débattements dans un claquement sec.

Conduite agréable

Dès les premiers mètres parcourus, on apprécie le bon équilibre de l’ensemble et la facilité de changer d’angle en un balancement du corps. En ville, le moteur permet de déposer toutes les voitures aux départs des feux et fait preuve de la souplesse nécessaire pour se glisser entre les files sur un filet de gaz. La tenue de route est excellente grâce à un châssis rigide et il faut vraiment une chaussée déformée par une série de petites bosses prises rapidement pour que la direction devienne un peu moins précise. Sur autoroute, si l’on dépasse la vitesse imposée, cette précision est également moindre, surtout en cas de vent latéral. La raison en est simple: il y a peu de poids sur l’avant, ce qui facilite la maniabilité mais amène ce léger flottement à haute vitesse. Néanmoins, on domine toujours ce Kymco qui n’a vraiment pas de réactions intempestives et encore moins imprévisibles. Il reste agréable en toutes circonstances, même en duo. Rayon confort, nous avons déjà évoqué la selle un peu trop contraignante, ajoutons que le pare-brise, pourtant bien large, devrait être quelques centimètres plus haut pour se montrer totalement efficace. Dans sa conception actuelle, il envoie le flux d’air sur le dessus de la poitrine.

Côté pratique

Un scooter se doit aussi d’être utilitaire. Comme partout, on retrouve un vaste coffre sous une selle dont l’ouverture maintenue par un amortisseur est commandée par la clef de contact. Éclairé, l’espace se montre, certes, volumineux mais sa découpe présente trop de recoins. On y glissera donc un intégral, si celui-ci ne présente pas trop d’appendices extérieurs, et quelques petites bricoles. De part et d’autre du tablier, on bénéficie de deux petits vide-poches, plus profonds que larges. Aucun ne ferme à clef mais celui de gauche dispose d’une prise 12V. Pour l’ergonomie, Kymco a fait un effort évident et a totalement repensé le poste de pilotage. On y trouve un tableau de bord à deux cadrans ronds avec un écran LCD. Ce dernier vous renseigne sur la consommation moyenne et instantanée, l’heure, la température de l’air et celle du moteur, le voltmètre, les deux trips partiels, le niveau de carburant, le tout complété par la batterie habituelle de témoins lumineux (huile, réserve carburant, charge batterie, d’entretien – tous les 5.000km – clignotants). À signaler encore des leviers réglables, la présence d’un warning bien pratique lorsqu’il faut remonter les embouteillages et, surtout, l’allumage automatique des feux. Les rétroviseurs au dessin moderne remplissent bien leur fonction mais il faudra puiser dans les options pour disposer d’un porte-bagages ou d’un top-case. Par contre, très bon point pour la béquille latérale, bien conçue et meilleur point encore pour la béquille centrale qui se manie d’une simple poussée d’orteils.

Conclusion

Proposé à 4.899€, le Kymco Downtown 350i ajoute à ce niveau une corde en plus à son arc. Voici un scooter vraiment agréable à piloter, stable, agile, bien conçu, avec un moteur réactif à souhait dont on regrettera seulement une bulle un peu trop petite et le dessin de la selle pilote amenant une position de conduite moins attrayante que l’ensemble de ce scooter.

Un essai signé Philippe Borguet et publié dans le Moto 80 n°776 de juillet 2015.