La Route des Grandes Alpes: le paradis des cols

Article publié le 07/10/2020.

L’heure aurait dû être aux derniers préparatifs à l’approche du voyage au Colorado et en Utah, organisé à l’occasion des 40 ans de Moto 80, en collaboration avec Caribou Travel… C’était sans compter cette fichue pandémie! Aussi, avec trois fidèles amis, frustrés eux aussi de ne pouvoir enchainer les 156 lacets de Pikes Peak, nous avons pris rendez-vous avec un autre fameux morceau: la Route des Grandes Alpes!

Texte Frédéric Remi - Photos Frédéric Remi & Vincent Dassy

Au guidon d’une Harley-Davidson Heritage Classic (114) pratiquement neuve, ma chère et tendre allait pouvoir évaluer les capacités de baroudeuse des sommets de la belle de Milwaukee, en dehors de son fief. Escortée pour l’occasion par deux anglaises et par leur incontournable cousine bavaroise, nous voici en route vers le pays des chamois et du Beaufort. Habitué des itinéraires moto aux États-Unis, une question me taraude: y aurait-il des points communs entre la Route 66 et notre Route des Grandes Alpes, à part le mythe? D’abord, il y a la distance parcourue: là où la «Mother Road» étale ses 4.000km entre Chicago et Santa Monica, la Route des Grande Alpes (la RGA pour les initiés que vous êtes désormais) déroule ses lacets sur 700 bornes environ, entre Thonon-les-Bains sur les rives du Léman et Nice. Mais pour en avoir parcouru chaque mile, la «66» ne dévoile ses charmes que sur quelques portions d’un tracé aujourd’hui dédié en grande partie aux larges highways et aux interstates. À l’exception, il est vrai, d’un tronçon qui s’étire de Chicago à St. Louis, et dans sa partie occidentale, du Nouveau-Mexique jusqu’en Californie. Difficile, donc, d'y réussir un pèlerinage quand on ne s’écarte pas un peu (beaucoup) du sujet. La Route des Grandes Alpes se révèle nettement plus homogène que sa cousine américaine. Nul besoin de trop s’en écarter pour en apprécier toute la magie. C’est un véritable concentré de beauté qui se dévoile tout au long des 18 cols qui l’émaillent, de la Haute-Savoie jusqu’aux Alpes Maritimes.

Pastis ou rosé?

Rendez-vous à Thonon-les-Bains, sur la rive sud du lac Léman. Sur l’esplanade de l’hôtel de ville a été scellée, en 2012, la plaque de bronze qui matérialise le point de départ de la balade, le «kilomètre zéro». Premières photos obligatoires, et les visages font encore pâle figure sur l’échelle du bronzage alpin! Avant de prendre la route, nous décrétons une petite pause rosé face au port de plaisance, à quelques centaines de mètres à vol de Harley. Boire ou rouler, il faut choisir! Mais pour notre défense, Thonon marque la dernière ligne droite d’une préétape débutée le matin dans le Jura… De surcroit, mon adorable Camila, au guidon de son Harley Heritage Classic 114, caparaçonnée comme un éléphant du Kerala, venait de nous faire don de 45 minutes de route supplémentaires dans les embouteillages de fin de journée. Passée première au péage d’Annemasse, et sans doute plus attirée par le pastis que par le génépi, ma belle bikeuse avait en effet décidé de foncer bille en tête sur l’A41 en direction de Marseille, ignorant dédaigneusement l’itinéraire chargé avec amour par bibi sur son TomTom Rider. Et sans attendre ses petits camarades de jeu, toujours en train d’en découdre avec leur barrière automatique. On l’avait bien mérité ce petit ballon! Repartis sur les bonnes bases, loin de la Canebière, nous avalons les 30 derniers km en pilotage presque automatique, le long de la Dranse. La Chapelle d’Abondance, notre première escale, est un adorable petit village typique du Chablais, à l’image de son jumeau Abondance et de son grand frère Châtel, bien connu des amateurs de sports d’hiver.

Sonnent les clarines

Le Chablais signe un début d’aventure tout en douceur: la montagne n’y montre pas encore toute sa rudesse, et les nombreuses grandes maisons traditionnelles en bois nous plongent dans l’imaginaire délicieux d’un passé pas si lointain. Si assister à la fabrication du fromage local (savoureux, l’Abondance!) est un must, il est une autre activité qui mériterait à elle seule le détour: le «Fantasticable». C’est, dixit la communication officielle, la plus grande tyrolienne des Alpes. Ses stats donnent, en tout cas, le tournis: on survole le plancher des vaches à une vitesse qui flirte avec les 100km/h, sur 2 sections d’une longueur totale de 2.525m. Frissons garantis! Sur cette première étape exclusivement alpine, déjà une infidélité au tracé de la voie officielle pour franchir le col du Corbier: 1.237m, une paille en comparaison de ce qui nous attend! Le petit raccourci, qui relie la vallée d’Abondance à celle de la Dranse de Morzine, est un amuse-bouche sympa pour se dégripper les fourches. Il fait beau, la montagne est belle! Les premiers cris de joie résonnent sous le casque, au grand étonnement de quelques belles vaches d’Abondance, aisément repérables au son émis par leur clarine (ou leur sonnaille… c’est-à-dire leur cloche). Plutôt que de passer par le joli village des Gets, nous optons pour la D354, une voie parallèle. Les sentiers sont toujours plus attirants lorsqu’ils ne sont pas battus: pratiquement seuls, nous avons le plaisir incongru de rouler sur des pistes du domaine skiable de Morzine et des Gets, au beau milieu des pins, des prairies et de quelques remontées mécaniques.

La dame de Haute-Savoie

La descente sur Samoëns et la vallée du Giffre est splendide. Rapidement, nous sommes récompensés par un premier panorama de rêve sur la face septentrionale du mont Blanc, flanqué de ses acolytes. Impossible d’être blasé face à un tel spectacle: l’émotion est toujours intacte!

(...) Découvrez la suite de ce long périple dans les Alpes, et les superbes photos qui l'accompagnent, dans le nouveau Moto 80 #836, disponible en librairie.

DONNEZ-NOUS VOTRE AVIS