Le Pérou by TrailRando: Le pays des mille et une couleurs

Article publié le 22/04/2020.

Respirez un grand coup: cette expédition déroule son itinéraire à plus de 3.500 mètres d’altitude, de la vallée sacrée des Incas au lac Titicaca en passant par la région des canyons. Aventure, mystères, rencontres insolites et immenses plaisirs de conduite en font une expérience unique.

 

Pachamama – terre-mère ou terre-nourricière – était liée à la fertilité du Pérou dans la culture Inca. Aujourd’hui, cette ancienne divinité incarne la relation à la terre et au bien-vivre. Ce mélange entre richesses terrestres, historiques et culturelles sera le fil conducteur de notre périple péruvien concocté par l’agence de voyage Trail Rando.

L’aventure débute à Cusco où nous posons nos valises pendant deux jours. Primo pour se remettre du décalage horaire ; secundo pour s’acclimater à l’altitude. La ville, plantée à près de 3.500 mètres au-dessus du niveau de la mer, constitue une entrée en matière parfaite. La beauté de l’ancienne capitale Inca est une autre bonne raison de prolonger la halte, surtout si vous avez la chance de tomber en pleine période de célébrations traditionnelles.

Il faut savoir qu’au Pérou, il a plus de 3.000 fêtes populaires par an. Vous aurez immanquablement le loisir de jouir d’une de ces manifestations hautes en couleur durant votre séjour, à Cusco ou dans un petit village… De la Plaza de Armas, au couvent baroque Santo Domingo en passant par le marché de San Pedro ou encore la place San Blas, tout est merveilleux dans cette ville qui porte l’âme de la civilisation inca mais aussi les traces bien visibles de la colonisation opérée au XVIe siècle par les conquistadors espagnols qui vont reconstruire la ville sur les ruines même des monuments détruits.

Un siècle plus tard, en 1650, l’histoire tient sa revanche lorsqu’un tremblement de terre dévore les principaux édifices de la ville en épargnant leurs fondations incas…

Paradis sur terre

Considérée comme un simple lieu de passage pour accéder au Machu Picchu, Cusco est souvent délaissée par les touristes. Vous avez compris qu’il s’agit d’une grossière erreur! Après notre journée pleine de belles découvertes dont une balade nocturne mémorable dans les hauteurs de la ville et un dîner non moins mémorable à base de cochon d’Inde rôti, nous prenons enfin possession des motos de location qui vont nous accompagner durant cette boucle de près de 1.600km.

Bonne surprise, il s’agit de machines modernes et quasi neuves: des Honda CB500X et Africa Twin 1000 dernier cri, accompagnées d’une gaillarde Suzuki DR650SE presque aussi fraiche car toujours fabriquée chez le voisin brésilien. Une fois les formalités administratives évacuées, l’équipe ne demande pas son reste et file, excitée comme une bande d’adolescents, à travers la vallée sacrée des Incas, qui incarnait jadis le paradis sur terre. Tout un programme…

En quelques kilomètres seulement, l’effervescence urbaine n’est plus qu’un lointain souvenir et nous évoluons dans un décor minéral le long de la cordillère de Vilcanota dominée par de nombreux monts encore enneigés. C’est ici, dans des conditions que l’on imagine extrêmes, que vivent les Qeros, derniers conservateurs des traditions incas. Grâce à son environnement peu accessible composé de montagnes abruptes, ce peuple fier a su résister aux influences espagnoles et préserver intacte sa culture. Une pause au marché millénaire de Pisac permet à certains d’enrichir leur collection d’amulettes, à d’autres de réviser leur cours d’espagnol au contact d’une population accessible.

Les Péruviens sont étonnants, car derrière le folklore pour séduire le touriste se cache une vraie gentillesse, un tempérament avenant et toujours beaucoup de politesse. Non loin de là, par une piste appréhendable sans aucun bagage technique particulier, nous rejoignons le site de Moray où trône un ancien centre de recherche agricole inca composé d’amphithéâtres géants. Ils permettaient aux ingénieurs de l’époque d’étudier l’influence de l’altitude sur les récoltes grâce aux microclimats formés par ces cercles concentriques de différents niveaux d’altitude. Une sorte de CNRS avant l’heure en quelque sorte… Le lieu, impeccablement préservé, est impressionnant. Cette belle découverte a toutefois un prix: 70 soles par tête, soit presque 19 euros! Le Pérou s’est ouvert tardivement au tourisme mais le pays apprend vite…

La «vieille montagne»

Au guidon de nos montures modernes, les kilomètres défilent en toute quiétude malgré un revêtement pas toujours en pleine forme. Cette première journée de roulage fait office de mise en jambes avec seulement 110 petits kilomètres au menu, négociés le plus tranquillement possible. Car à 3.500 mètres d’altitude, chaque effort se paie cash et essouffle le plus costaud des gaillards.

Sans parler de cette sensation d’avoir la tête coincée dans un étau qui va nous accompagner les deux premiers jours… Mais un rythme de croisière «relax», c’est aussi l’occasion de jouir du paysage somptueux qui s’étire le long de la rivière Urubamba et ses berges striées de cultures en terrasses étayées de murs en pierres. Au village de Yucay, nous posons nos valises dans un ancien monastère rénové pour deux nuits consécutives.

Car le lendemain, Trail Rando a programmé un aller-retour au fameux Machu Picchu. Les motos auront droit à leur journée de repos puisque nous gagnerons le site en train puis en car. Personne ne regrette ce choix: la ligne ferroviaire qui dessert Aguas Calientes, au pied du Machu Picchu (vieille montagne en quechua), nous plonge dans une ambiance hors du temps, avec ses rails instables, son rythme pépère, ses petites gares pittoresques et ses wagons décorés à l’effigie du plus célèbre des sites incas. Un voyage à lui tout seul, ce train!

Au terminus, vous avez le choix entre le car ou une longue et éreintante ascension à pied. A l’unanimité, nous jetons notre dévolu sur l’option 1. La cité échappa au pillage des Espagnols grâce à sa situation reculée à la frontière de l’Amazonie. Ce fut son salut mais aussi sa perte puisqu’elle a été ensuite laissée à l’abandon et a disparu dans les oubliettes de l’histoire jusqu’en 1911 grâce à l’expédition conduite par l’explorateur américain Hiram Bingham.

Difficile de décrire l’émotion qui étreint le visiteur lorsqu’il découvre Machu Picchu, ce superbe ouvrage de maçonnerie accroché à la montagne. Aujourd’hui encore, les chercheurs s’interrogent sur les techniques utilisées pour transporter au milieu de nulle part et ensuite assembler à la perfection de tels blocs de pierre. Une après-midi entière ne sera pas de trop pour découvrir l’ancienne cité perdue et ses environs. Un conseil, offrez-vous les services d’un guide pour agrémenter la visite de ses légendes…

Plein les yeux

Après ce bel intermède culturel, la moto reprend ses droits pour une étape de 240km direction plein sud cette fois, sur la route nationale reliant la Bolivie au Pérou. Le rythme enlevé et un macadam en état correct font défiler rapidement ce paysage majestueux, composé de vastes plaines cernées de montagnes. L’organisation faisant preuve d’une grande souplesse, nous nous offrons le luxe d’improviser un détour «hors programme», vers Andahuaylillas.

Ce petit village de la province de Quispicanchi abrite l’église Saint-Pierre surnommée «la chapelle Sixtines de Andes» en raison de son aménagement intérieur d’un baroque flamboyant où les dorures clinquantes se partagent la vedette avec d’immenses fresques. Impressionnant. Comme pour la majorité des édifices religieux au Pérou, les photos sont interdites à l’intérieur. Dommage.

Enfin familiarisés avec l’altitude (notre organisme s’est-il autoadapté ou est-ce l’effet des quelques feuilles de coca mâchées? Allez savoir…), nous passons aux choses sérieuses dès le lendemain puisque nous allons monter jusqu’à 4.500  mètres! Cette ascension permet de traverser de nombreux petits villages de montagne reculés de tout, où l’on nous réserve un accueil chaleureux à chaque halte. C’est ici, dans ces coins perdus, à l’écart des gros flux de touristes, que nous rencontrerons les gens les plus vrais.

Autre constante dans la région: chacun de ces hameaux se voit précédé de plusieurs dos d’âne. On ne le sait pas encore, mais nous allons en avaler un nombre incalculable. Qu’importe, les routes sont superbes avec de délicieux enchainements de lacets jalonnés d’immenses prairies aux herbes jaune vif, piquées ça et là de lamas et d’alpagas. Nous progressons au cœur de la fameuse cordillère des Andes et le spectacle offert par les quelques géants qui nous entourent (comme le Nevado Mismi qui se dresse à 5.597m) donne l’impression de voyager dans une immense carte postale. C’est magique, il n’y a pas d’autre mot. Par ailleurs, la qualité de bitume s’avère ici irréprochable, pour ajouter le confort au plaisir des yeux. Les équipages qui naviguent en duo sont aux anges…

Pour la seconde partie de la journée, nous quittons ce revêtement impeccable pour une excursion dans les non moins sublimes pistes longeant le Rio Colca. Ici s’ouvre la région des canyons. D’après les guides, aucun endroit au Pérou ne jouit d’un air aussi pur et d’un soleil aussi radieux. Notre traversée confirme que ce n’est pas de la publicité mensongère!

C’est ici à mes yeux que la nature s’exprime dans ce qu’elle a de plus spectaculaire. Devant ces étendues hors normes, ce chaos minéral, ces dizaines de kilomètres avalés sans croiser âme qui vive, le tout sous un ciel qui semble plus grand qu’ailleurs, on ressent l’impression de n’être qu’une poussière perdue au milieu de l’univers. On a beau avoir bourlingué et vu pas mal de pays, ce genre de spectacle a de quoi émouvoir les plus blasés!

La traversée du canyon de Colca est effectivement une véritable merveille qui constituera le point d’orgue du séjour pour les amoureux de la nature. Moins célèbre que le Grand Canyon, son rival nord-américain, le Colca s'étend quand même sur une centaine de kilomètres et propose un dénivelé de plus de 3.200 mètres! Ce qui fascine aussi, ce sont les milliers d’hectares de terrasses sculptées dans la montagne, qui donnent un relief si particulier au paysage.

Et le condor passa…

La piste que nous empruntons n’offre pas de difficulté particulière. Non, le danger viendrait plutôt des camions que l’on croise de temps en temps. Ils roulent vite et manifestent bien peu de considération à l’égard des misérables moucherons sur deux-roues que nous sommes. Une fois encore, la loi du plus fort s’applique. Du coup, quand la place vient à manquer sur la piste, c’est à nous de serrer au maximum sur la droite, quitte à fréquenter d’un peu trop près le fossé…

La nuit est là. Mais pas encore de Chivay en vue. Retardée par une crevaison puis une petite chute sans conséquence lors d’une traversée à gué, l’équipe conduite par les accompagnateurs Trail Rando et sécurisée par la présence d’une voiture-balai, rejoint son point de chute par la route et à la lumière des phares. Ce ne sont pas les conditions idéales dans ce genre de contrées où animaux sauvages et chauffards constituent de vrais pièges dans la nuit. Mais comme tout le monde a appliqué à la lettre les consignes de sécurité rappelées au briefing du matin, cette superbe journée de moto se conclut sans bobo et avec le sentiment prégnant d’avoir vécu quelque chose d’assez unique...

Un verre de Pisco, l’apéritif national, ou une Cusquena bien fraiche (la bière de Lima) viendront, ce soir, célébrer comme il se doit l’événement.

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Pour ce 7e jour dans l’ancien royaume inca, nous partons à la découverte d’un autre emblème fort du pays. Il faut se lever tôt (afin de devancer les hordes de touristes), s’affranchir d’une cinquantaine de kilomètres, traverser quelques champs de quinoa et d’innombrables jardins en terrasses pour enfin gagner le Cruz del Condor et son mirador naturel.

Là, aux premières heures de la journée, commence le bal aérien des condors, leurs trois mètres d’envergure portés par les courants ascendants. Ils sont fidèles au rendez-vous, et parfois à quelques mètres seulement au-dessus de nos têtes. Impossible de retenir son appareil photo devant ce spectacle unique pour nos yeux d’Européens… Et quel décor!

Au nord, une grappe de montagnes (Sepregina, Bomboya, Queshuisha, Mismi…) qui oscillent entre 5.200 et 5.600 mètres d’altitude ; au sud, le clan fermé des «plus de 6.000»: le Hualca Hualca et l’Ampato, la star du quartier qui crâne avec ses 6.318 mètres. Ces deux géants encerclent le «petit» Sabancaya (5.976 mètres quand même…) qui se distingue toutefois de ses congénères en maintenant une activité volcanique, comme en témoigne sa dernière éruption datée de l’été 2019!

Retour à la civilisation

La progression vers le sud du pays prend fin à Arequipa, non sans une longue liaison sur l’une des plus belles et vertigineuses routes d’altitude de notre séjour. Il y a des volcans et des alpagas un peu partout, des virages à gogo puis de longues droites façon Monument Valley. On n’est pas loin du paradis pour motards… L’arrivée à Arequipa rompt avec le calme et la quiétude des bourgades traversées précédemment. Dans cette ville coloniale grouille une activité intense avec son cortège de joyeusetés: encombrements monstres, fous du volant, pollution, bruit…

Pourtant, nous n’arrivons pas à détester cette agglomération. D’abord parce qu’elle est installée à l’ombre du Misti, le plus célèbre volcan du Pérou accompagné de son petit panache de fumée blanche. Ensuite parce la Plaza Mayor parvient à elle seule à faire oublier tout le reste, grâce à sa majestueuse cathédrale à deux tours, ses petites ruelles commerçantes adjacentes pleine de charme et, un peu plus loin, l’imposant monastère Santa Catalina.

C’est également dans un des restaurants du centre-ville que le Pérou va nous rappeler qu’il possède une des cuisines les plus variées au monde. Arequipa marque l’entame du dernier tiers du voyage, moment jugé idéal par l’organisation pour marquer une pause d’une journée propice à la visite de la capitale du sud. Cette journée «off» arrive à point nommé pour préparer l’équipe à affronter la fin du circuit qui s’annonce copieuse. Pour rejoindre Puno, nous devons, en effet, aligner 311km d’une traite. Mais c’est pour la bonne cause: les paysages se révèlent une fois encore à couper le souffle et au bout de la route, il y a le lac Titicaca.

Avec le Machu Picchu, c’est l’autre grande vedette du pays. Que dis-je, un champion du monde! Nous avons affaire à la plus haute voie navigable du globe, posée à 3.808 mètres d’altitude. Mais derrière le record, il y a surtout un mode de vie traditionnel, parfaitement incarné par le peuple des Uros qui sont les inventeurs des barques en roseaux et des fameuses îles flottantes construites sur un socle de racines aquatiques. Elles ont été créées pour échapper aux Incas, le peuple rival.

Aujourd’hui, cette tradition vieille de 2.000 ans est perpétuée par le peuple Aymara sur une quarantaine d’îles flottantes. Ce voyage dans le temps sera vécu par notre équipe à l’occasion d’une nouvelle pause culturelle d’une journée, agrémentée d’une croisière sur le mythique Titicaca. En embarcation traditionnelle en roseaux, s’il vous plait!

Mais même les bonnes choses ont une fin et cette parenthèse sur l’eau vient conclure de belle manière ce voyage hors du commun. Enfin, pas tout à fait car il reste une liaison d’environ 400km pour relier Puno à Cuzco, là où tout à commencé 12 jours plus tôt. Cette longue remontée n’engendrera pas pour autant la monotonie car elle donnera à notre équipée une nouvelle occasion d’apprécier l’activité débordante qui règne le long des routes péruviennes.

Comme à Juliaca et son gigantesque marché aux mille couleurs. En revenant d’un trip au Pérou, on se sent chanceux d’avoir contemplé de telles merveilles, et plus riche d’une nouvelle expérience qui marquera forcément le parcours personnel de chacun. Car ce tout nouveau circuit a l’immense mérite de proposer un format mixant à bonnes doses balades moto et visites culturelles, le tout avec un tracé taillé dans l’optique d’en profiter aussi en duo. Le Pérou est trop beau et trop immense pour résister à la tentation de partager sa découverte…

Le circuit

13 jours (dont 7 à moto) – 12 nuits – 7 étapes – 1.600km

Cuzco: journée d’acclimatation

Cuzco – Yucay: 110km

Yucay – Machu-Picchu – Yucay: visite du site

Yucay – Sicuani: 240km

Sicuani – Chivay: 267km

Chivay – Punta del Condor – Chivay: 100km

Chivay – Arequipa: 167km

Arequipa: visite de la ville

Arequipa – Puno: 310km

Lac Titicaca – îles flottantes des Uros: croisière

Puno – Cuzco: 390km

Quel budget?

Pacahama Ride est un tout nouveau circuit qui intègre le catalogue Trail Rando pour la saison 2020. Les deux premières sessions sont d’ores et déjà programmées: du samedi 18 au jeudi 30 avril et du samedi 12 au jeudi 24 septembre. Le prix de ce voyage extraordinaire est fixé à 5.590€ par pilote et 3.330€ par passager, sur la base de 8 participants minimum par session. Ce tarif comprend la location de la moto (Honda CRF1000 Africa Twin ou Suzuki DR650), l’hébergement en hôtel 4 et 5 étoiles en demi-pension, un accompagnateur moto, un accompagnateur logistique en pick-up qui suit le groupe et transporte les bagages, les tickets d’entrée aux différents sites touristiques et la trace GPS vous permettant de rester acteur de votre voyage. Le parcours reste le même que celui décrit dans ces pages mais l’organisation a prévu une option tout macadam pour ceux qui le souhaitent. Les vols A/R, le carburant des motos (au Pérou, le litre de SP90 vaut à peine plus d’un euro) et les boissons ne sont pas inclus dans le prix. Plus d’infos sur www.trail-rando.fr.

Pisco, le cocktail national

Impossible de rentrer du Pérou sans avoir gouté à son apéritif fétiche: le Pisco Sour. Ce célèbre cocktail a été inventé par un Américain exilé au Pérou au début des années 20 mais sa recette finale est l’œuvre d’un barman local. Le Pisco Sour fait appel à trois doses de Pisco (eau de vie de raisin), un jus de citron vert, un trait de sirop de canne et ¼ de blanc d’œuf. Ajoutez quelques glaçons puis passez le tout au shaker. Bonne dégustation!

Texte: BASTIEN LAPORTE

 

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